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La charité contre l'Espérance

 

"Qui sait  si la survie, à présent, ne passe pas par le rejet de la charité chrétienne ? Ceux qui s'y obstineront périront".

 

Jean Raspail, Sept cavaliers..., Editions Robert Laffont, 1993.

 

Impossible de citer ce livre sans reproduire une des plus belles premières phrases de la littérature :

"Sept cavaliers quittèrent la Ville au crépuscule, face au soleil couchant, par la porte de l'ouest qui n'était plus gardée. Tête haute, sans se cacher, au contraire de tous ceux qui avaient abandonné la Ville, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore et se gardaient d'imaginer. Ainsi étaient-ils armés, le coeur et l'âme désencombrés scintillant froidement comme du cristal, pour le voyage qui les attendaient."

Commentaires

  • La charité chrétienne n'a rien à voir avec la survie : elle est l'une des expressions les plus haute de la vie ou l'une des expressions de la vie la plus haute. Mais comme toute forme de charité, si l'on considère que la chrétienté en soi n'a pas le monopole de cette charité particulièrement épanouie dans son esprit, elle exprime quelque chose de plus haut que la vie, qui vaut plus dans son essence ni seulement humaine ni seulement matérielle, de lié au surnaturel de valeurs supérieures. Elle en est la pure incarnation ou n'est pas. En ce sens et en tant que telle, elle ne peut donc pas être déterminée comme seulement chrétienne. Sans doute un des essentiel sens du Christ.

    L'espérance est trop souvent liée à la survie, pas assez à la vie dans sa part charitable et dans sa part supérieure à elle-même. Qu'est-ce qu'une espérance purement humaine sinon une forme d'égoïsme liée au non-respect de la vie que suppose le combat pour la vie au sens américain, le struggle for life, ce darwinisme social-humaniste ? Le vrai combat pour la vie ne peut être séparé de celui pour la vérité, de la vérité – qui est d'abord contre soi-même comme ego humaniste-existentiel. Même si rien d'humain ne peut nous demeurer étranger, touchant par là le cœur de la charité, cette part-là, non étrangère, ne peut être séparée du reste dans son tout, qui, lui, d'ailleurs n'espère rien pour autant : il lui suffit d'être pour durer éternellement. Mais cette suffisance n'a rien d'humain.

    Il y a donc illusion à croire pouvoir survivre au suicide en séparant les deux choses : charité et espérance, comme on croit pouvoir séparer corps et esprit à partir de leur différence. C'est à partir de cette division (diabolo) contre-nature et contre-spirituelle à la fois, de cette dissociation maléfique, que l'on manipule esprits et corps les uns contre les autres, corps et esprit l'un contre l'autre, comme si une vie était possible sans l'unité supérieure qui les sacralise, dans le divorce qui les viole. Même si la volonté de maintenir en vie ce couple fracturé est encore plus diabolique que sa fracturation elle-même, puisqu'on les tue réciproquement avec leur amour mutuel séparé et désespéré au nom d'une espérance privée de charité. Le vieil honneur européen disait : mieux vaut la mort.

  • "Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
    Et je n'en reviens pas.
    Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
    Cette petite fille espérance.
    Immortelle.

    [...]

    La Charité aime ce qui est
    Dans le Temps et l'Eternité.
    Dieu et le prochain
    Comme la Foi voit.
    Dieu et la création.
    Mais l'Espérance aime ce qui sera
    Dans le Temps et l'Eternité."

    Charles Péguy, "Le Porche du mystère de la deuxième vertu", 1912.

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